EMDR et phobies : pourquoi avons-nous peur alors que nous savons qu’il n’y a parfois aucun danger ?
- marineblavec
- 20 août
- 4 min de lecture

« Je sais que l’avion est statistiquement sûr, mais j’ai peur. »
« Je sais que cette araignée ne va probablement rien me faire, mais je suis incapable de m’en approcher.
»
« Je sais que je peux conduire, mais depuis cet accident, prendre l’autoroute est devenu très difficile. »
La phobie illustre parfaitement une situation étonnante : nous pouvons savoir rationnellement qu’une situation n’est pas dangereuse et pourtant ressentir une peur extrêmement intense.
Alors pourquoi ?
Et quelle peut être la place de l’EMDR dans le travail sur certaines peurs ?
Une peur n’est pas seulement une pensée
Lorsque nous avons peur, notre réaction n’est pas uniquement intellectuelle.
Le corps peut réagir très rapidement :
le cœur accélère,
la respiration change,
les muscles se tendent,
une sensation d’oppression apparaît,
l’envie de fuir devient parfois très forte.
Dire à quelqu’un :
« Tu sais bien qu’il n’y a aucun danger »
ne suffit donc pas toujours.
La personne le sait souvent déjà.
Le problème est précisément que ce qu’elle sait et ce qu’elle ressent ne correspondent plus.
Toutes les phobies n’ont pas la même histoire
Prenons la peur de conduire.
Une personne peut avoir peur depuis un accident.
Une autre depuis une attaque de panique survenue au volant.
Une troisième peut avoir été témoin d’un accident.
Une quatrième peut simplement imaginer de manière répétitive qu’elle va perdre le contrôle de son véhicule.
Le symptôme semble identique :
« J’ai peur de conduire. »
Mais l’origine et les éléments qui entretiennent cette peur peuvent être très différents.
C’est pourquoi le travail thérapeutique commence par comprendre l’histoire de la peur.
Quand une expérience précise est associée à la peur
Dans certaines situations, une peur actuelle peut être clairement reliée à une expérience passée.
Après un accident de voiture, par exemple, certains éléments peuvent devenir particulièrement déclencheurs :
le bruit d’un freinage,
une route précise,
la sensation de vitesse,
un véhicule arrivant derrière soi,
la pluie,
ou simplement le fait de reprendre le volant.
En EMDR, il peut alors être pertinent d’explorer les souvenirs associés à cette réaction.
Sur quoi travaille-t-on en EMDR pour les phobies ?
Le travail ne porte pas simplement sur :
« Je veux ne plus avoir peur. »
Le thérapeute peut chercher à identifier différents éléments :
Quel souvenir semble associé à cette peur ?
Quelle image représente le moment le plus difficile ?
Quelle pensée apparaît lorsque la personne repense à cette situation ?
Quelle émotion ressent-elle ?
Que se passe-t-il dans son corps ?
Des stimulations bilatérales alternées peuvent ensuite être utilisées dans le cadre du protocole EMDR.
L’objectif n’est pas d’effacer l’expérience passée.
Il s’agit de travailler sur la perturbation qui reste aujourd’hui associée à celle-ci.
Et lorsqu’il n’existe pas de souvenir évident ?
Toutes les phobies ne commencent pas après un événement clairement identifiable.
Une personne peut avoir peur de l’avion sans avoir jamais vécu d’incident aérien.
Dans ce cas, le travail thérapeutique doit chercher ce qui alimente aujourd’hui cette peur.
Il peut s’agir d’images catastrophiques, de sensations corporelles, de la peur de perdre le contrôle ou encore d’une expérience apparemment éloignée de la situation actuelle.
L’évaluation reste donc essentielle avant de décider quelle approche utiliser.
Que dit la science sur l’EMDR et les phobies ?
Une méta-analyse portant sur 17 essais randomisés et 647 participants s’est intéressée à l’EMDR dans différents troubles anxieux.
Les chercheurs ont observé une diminution significative des symptômes d’anxiété, de panique et de phobie.
Concernant spécifiquement les phobies, l’effet observé était significatif mais plus modéré.
Il faut néanmoins rester prudent.
Une autre revue systématique portant sur 76 essais concernant différentes problématiques psychologiques concluait que les résultats concernant les phobies étaient intéressants, mais reposaient sur un petit nombre d’études avec un risque de biais important.
Les données scientifiques sont donc beaucoup plus établies concernant l’EMDR dans le trouble de stress post-traumatique que concernant les phobies spécifiques.
Pourquoi éviter la situation peut entretenir la peur
Lorsqu’une situation provoque une peur importante, notre premier réflexe est souvent de l’éviter.
Ne plus prendre l’autoroute.
Ne plus prendre l’avion.
Éviter les ascenseurs.
Demander systématiquement à quelqu’un de nous accompagner.
À court terme, l’évitement soulage.
Mais il peut également empêcher la personne de faire l’expérience que la situation peut être traversée sans que le scénario redouté se produise.
C’est pourquoi certaines prises en charge des phobies comportent également un travail d’exposition progressive.
L’objectif : retrouver de la liberté
L’objectif thérapeutique n’est pas nécessairement de ne plus jamais ressentir aucune peur.
La peur est une émotion normale et utile.
Le problème apparaît lorsqu’elle devient tellement importante qu’elle commence à organiser notre vie à notre place.
Ne plus prendre l’avion. Ne plus conduire.Refuser certaines opportunités.Éviter certains endroits.
Le travail thérapeutique cherche alors à permettre à la personne de retrouver davantage de liberté face à cette peur.
Sources scientifiques – PubMed
Yunitri N et al. The effectiveness of eye movement desensitization and reprocessing toward anxiety disorder: A meta-analysis of randomized controlled trials. Journal of Psychiatric Research. 2020. PMID : 32058073.
Cuijpers P et al. Eye movement desensitization and reprocessing for mental health problems: a systematic review and meta-analysis. Cognitive Behaviour Therapy. 2020. PMID : 32043428.
Steenen SA et al. Interventions to reduce adult state anxiety, dental trait anxiety, and dental phobia: A systematic review and meta-analyses of randomized controlled trials. Journal of Anxiety Disorders. 2024. PMID : 38945067.
Information importante : l’EMDR n’est pas nécessairement indiqué pour toutes les phobies. Les thérapies cognitivo-comportementales, notamment les approches comportant une exposition, disposent également de données scientifiques solides dans la prise en charge de nombreuses phobies.



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